La campagne pour les élections municipales en France prend une tournure judiciaire dans la commune de Réhon, en Meurthe-et-Moselle. Alors que la constitution des listes électorales est un exercice démocratique habituel, la publication des portraits des candidats a, dans ce cas précis, déclenché une vague d’hostilité ciblant spécifiquement une adjointe au maire sortante. L’affaire dépasse désormais le cadre politique local pour se régler devant les autorités compétentes.
Aurore Katramiz, conseillère municipale depuis 2020 et adjointe chargée du lien social et intergénérationnel, figure à nouveau sur la liste sans étiquette conduite par le maire Jean-Pierre Weber. Selon les éléments rapportés par l’agence Anadolu, c’est la diffusion récente de sa photo de campagne, où elle apparaît voilée, qui a servi de catalyseur à de nombreux commentaires injurieux sur les réseaux sociaux.
L’élue de 39 ans décrit une violence verbale inédite par rapport à sa précédente campagne. Les messages reçus associent son image à des références lourdes, évoquant notamment l’attentat du Bataclan de novembre 2015 ou l’organisation des Frères musulmans. « C’est explicite, c’est complètement décomplexé, les gens déversent leur haine sans connaître la personne », a-t-elle confié à la presse locale, se disant blessée par les accusations la qualifiant d’« antirépublicaine ».
Face à ces attaques, Aurore Katramiz a tenu à clarifier sa position, expliquant que le port du voile relève de sa confession musulmane et non d’une démarche de prosélytisme. Elle met en avant son investissement concret pour sa commune comme preuve de son attachement aux valeurs républicaines. Une position soutenue par le maire de Réhon, qui a salué les compétences de son adjointe et condamné fermement ces agissements.
La réaction de l’élue ne s’est pas limitée à une indignation publique. Elle a officiellement déposé plainte ce dimanche pour incitation à la haine et injure publique. Cette démarche vise à sanctionner pénalement les auteurs des propos tenus en ligne.
Cet incident s’inscrit dans un contexte national marqué par une recrudescence des actes antimusulmans. Les données du ministère français de l’Intérieur indiquent une hausse de plus de 70 % des signalements enregistrés par les forces de l’ordre sur les premiers mois de 2025 par rapport à la même période l’année précédente. Une tendance confirmée par les rapports du Collectif contre l’islamophobie en Europe, qui note une augmentation continue des faits signalés depuis 2022.

