La capitale pakistanaise se réveille dans le deuil et l’inquiétude. Alors que les familles enterrent leurs proches ce samedi, les autorités tentent de comprendre comment la sécurité d’un lieu de culte, pourtant surveillé, a pu être déjouée avec une telle violence. Ce qui semblait être une accalmie sécuritaire à Islamabad vient de voler en éclats, laissant place à des interrogations urgentes sur la résurgence de tensions que le pays espérait avoir contenues.
Le bilan est lourd au lendemain de l’explosion qui a frappé la mosquée Khadija Tul Kubra, un lieu de culte chiite situé dans le quartier de Tarlai Kalan. Selon les données communiquées par l’administration d’Islamabad et relayées par Al Jazeera, au moins 30 personnes ont perdu la vie et 169 autres ont été transférées vers les hôpitaux de la ville. L’attaque, survenue en pleine prière du vendredi, marque le deuxième incident majeur de ce type dans la capitale fédérale en quelques mois, après l’attentat contre un tribunal de district en novembre dernier.
Une revendication qui précise la menace
Quelques heures après le drame, le flou sur les responsables s’est dissipé via une communication sur Telegram. Une faction dissidente de l’État islamique (EI) au Pakistan a revendiqué l’action, diffusant l’image de l’assaillant, visage masqué et arme au poing. Cette revendication confirme les craintes des analystes : le retour d’une violence ciblée et sectaire. Abdul Sayed, chercheur spécialiste du conflit cité par Al Jazeera, note qu’il s’agit de l’opération la plus meurtrière de cette branche (ISPP) depuis sa formation en 2019.
La piste transfrontalière privilégiée
Au-delà de l’affiliation du groupe, c’est la provenance de l’assaillant qui cristallise les tensions diplomatiques. Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, a indiqué que le kamikaze avait effectué des déplacements depuis et vers l’Afghanistan. Bien que les gardes de la mosquée aient tenté d’intercepter le suspect, celui-ci a ouvert le feu avant de déclencher sa charge explosive au milieu des fidèles.
Les forces de sécurité ont procédé à plusieurs arrestations stratégiques, interpellant notamment des membres proches de la famille du kamikaze à Peshawar et Karachi. Si les preuves de leur implication directe restent à établir, ces actions démontrent la volonté d’Islamabad de démanteler rapidement le réseau de facilitateurs.
Un contexte de violence en hausse
Cet événement s’inscrit dans une détérioration notable du climat sécuritaire. Les données du Pak Institute of Peace Studies pour l’année 2025 font état de 699 attaques à l’échelle nationale, soit une augmentation de 34 % par rapport à l’année précédente. Les tensions sectaires, particulièrement dans le district de Kurram, et les accusations récurrentes d’Islamabad envers Kaboul concernant l’hébergement de groupes armés, dessinent un paysage complexe où la minorité chiite, représentant environ 20 % de la population, se retrouve de nouveau en première ligne.


