Après un long processus parlementaire et des négociations tendues pour éviter une motion de censure, la France a officiellement validé son projet de loi de finances pour l’année 2026. Si le texte permet au gouvernement de conserver sa stabilité politique, son architecture financière révèle un changement de stratégie majeur par rapport aux engagements initiaux, notamment sur la répartition de l’effort de redressement.
Le budget 2026, adopté définitivement ce 2 février, acte une révision à la baisse des ambitions de redressement des comptes publics. Alors que l’objectif initial visait un déficit public ramené à 4,7 % du produit intérieur brut (PIB), la copie finale entérine un déficit de 5 %. Ce chiffre marque une légère amélioration par rapport aux 5,4 % attendus pour 2025, mais reste en deçà des cibles fixées à l’automne. En valeur absolue, le déficit public français atteindra 131,9 milliards d’euros, tandis que la dette publique continuera sa progression pour s’établir à 118,3 % du PIB en fin d’année.
Un financement qui pèse sur les entreprises
Au-delà des chiffres macroéconomiques, c’est la structure même du redressement budgétaire qui a évolué au fil des débats. Le gouvernement avait promis un effort partagé de manière équilibrée entre la réduction de la dépense publique et la hausse des recettes. La réalité du texte final est tout autre. Le compromis trouvé repose à 75 % sur une augmentation des prélèvements obligatoires, ne laissant que 25 % de l’effort aux économies sur les dépenses.
Cette pression fiscale supplémentaire épargne globalement les ménages. Les projets de taxes sur les hauts patrimoines, incluant une version remaniée de l’impôt de solidarité sur la fortune ou la taxe dite « Zucman », ont été écartés. L’effort est donc concentré sur les entreprises, et particulièrement les plus grandes structures. Une orientation qui suscite déjà des réactions vives des organisations patronales, ces dernières pointant un risque pour la compétitivité économique.
Concessions politiques et hausse des dépenses
Ce virage fiscal s’explique en grande partie par la nécessité politique d’éviter une censure. Selon l’agence Anadolu, de nombreuses concessions ont été accordées, principalement au Parti socialiste, pour garantir l’adoption du texte. Ces ajustements se traduisent par une hausse des dépenses publiques de 38 milliards d’euros pour 2026, soit une augmentation de 0,9 % hors inflation, bien au-delà de la cible de 0,3 % initialement prévue.
Plusieurs dispositifs sociaux et aides ont ainsi été préservés ou renforcés, figeant les dépenses publiques à un niveau élevé de 56,7 % du PIB. Les recettes publiques, portées par la fiscalité des entreprises, grimperont quant à elles à 43,9 % du PIB.
Le Conseil constitutionnel doit désormais se prononcer sur la conformité du texte dans les prochains jours. La présidente par intérim de la Cour des comptes, Carine Camby, a rappelé l’urgence de « réduire vigoureusement le déficit public », soulignant l’étroitesse des marges de manœuvre dont dispose désormais l’État français.

