Alors que la réponse des autorités à l’émigration irrégulière se focalise souvent sur la surveillance des côtes et l’interception des pirogues, une voix autorisée appelle à un changement radical de paradigme. Le Dr Djiby Diallo, criminologue, estime que le verrouillage des frontières ne suffira pas à éteindre un désir de départ alimenté par des carences structurelles internes que la répression ne peut corriger.
Le diagnostic posé par le spécialiste, repris par nos confrères d’IGFM, est sans appel : voir le départ comme un simple choix individuel est une erreur d’analyse. Pour le Dr Diallo, il s’agit avant tout du symptôme visible de défaillances systémiques profondes. « Nos jeunes cherchent ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas ici, malgré un potentiel économique immense », souligne-t-il, pointant du doigt un paradoxe national où les ressources existent mais ne profitent pas à la jeunesse.
L’expert identifie plusieurs facteurs déterminants qui constituent le terreau de l’exil, bien au-delà de la simple quête de revenus. Parmi les causes listées figurent le sous-emploi chronique, une gouvernance perfectible, mais aussi des problématiques plus institutionnelles comme le non-respect des constitutions et les inégalités sociales croissantes. Le système éducatif, jugé en décalage avec les réalités du marché, et une répartition inégale des richesses achèvent de convaincre les candidats au départ que leur avenir se dessine hors des frontières nationales.
Face à ce constat, l’approche purement sécuritaire montre ses limites. Le criminologue plaide pour des solutions structurelles plutôt que conjoncturelles. La priorité doit être accordée à une refonte des programmes éducatifs et à une formation aux compétences dès le bas âge. L’objectif est de traiter la frustration à la racine : « Les conflits naissent souvent de la frustration et du sous-emploi des jeunes. Investir dans leur avenir, c’est prévenir l’instabilité », analyse-t-il.
Les solutions préconisées incluent également une révision de l’aménagement du territoire. Le réinvestissement massif dans les zones rurales et la décongestion des pôles urbains sont présentés comme des impératifs pour offrir des perspectives viables sur l’ensemble du territoire. Cette vision rejoint celle d’autres experts qui appellent au renforcement de la Stratégie Nationale de Lutte contre la Migration Irrégulière (SNLMI), en insistant sur le fait que la migration reste un enjeu de développement et de dignité humaine, et non un simple dossier de police.


