Alors que plusieurs puissances européennes durcissent leurs conditions d’accueil, l’Espagne prend une direction diamétralement opposée en lançant une vaste opération de régularisation administrative. Cette mesure, qui vise à intégrer environ 500 000 personnes dans le système légal, répond à une logique économique précise défendue par le gouvernement de Pedro Sanchez, malgré les critiques de l’opposition.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette réforme permet aux bénéficiaires de travailler légalement dans tous les secteurs d’activité et sur l’ensemble du territoire espagnol. La ministre des Migrations, Elma Saiz, a précisé que cette initiative vise à « reconnaître et donner de la dignité » à des milliers de personnes vivant déjà dans le pays, souvent employées dans l’économie souterraine.
**Une nécessité économique face au vieillissement**
Au-delà de l’aspect humanitaire, cette décision repose sur un pragmatisme économique assumé. Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a souligné que l’Espagne a besoin de main-d’œuvre pour combler les vides sur le marché du travail et contrebalancer le vieillissement de la population, qui pèse lourdement sur le système de retraites et l’État-providence.
Ousman Umar, fondateur de l’ONG NASCO Feeding Minds et originaire du Ghana, résume l’impact attendu de cette mesure : « Cela signifie que ces personnes pourront commencer à travailler légalement, payer des impôts et cotiser à la sécurité sociale. » Une contribution jugée essentielle dans un pays où le taux de natalité reste faible.
**Contournement du Parlement et critères d’éligibilité**
Pour mettre en œuvre cette régularisation, le gouvernement a opté pour la voie du décret, évitant ainsi un vote incertain au Parlement où la coalition manque de majorité absolue face à l’opposition du Parti Populaire et de Vox. La mesure concerne les personnes résidant en Espagne depuis au moins cinq mois et ayant déposé une demande de protection internationale avant le 31 décembre 2025. Les démarches administratives s’ouvriront entre avril et juin.
**Le soulagement de la diaspora sénégalaise**
Cette annonce résonne particulièrement au sein de la communauté sénégalaise établie en Espagne. Lamine Sar, arrivé dans le pays il y a 18 ans et membre du collectif Top Manta, salue une avancée majeure. « C’est un grand pas en avant, non seulement pour les migrants en Espagne, mais pour tout le monde. Cela signifie que ces personnes contribueront à la société au lieu d’être utilisées dans une forme d’esclavage au sein de l’économie souterraine », a-t-il confié à nos confrères.
La mesure suscite néanmoins une vive opposition de la part de l’extrême droite. Santiago Abascal, leader du parti Vox, a qualifié cette décision d’« appel d’air » risquant de peser sur le système de santé et la sécurité du pays, évoquant une « invasion ».


