Une violente altercation survenue au quartier Ñari Pneu de Touba a nécessité l’intervention rigoureuse du commissariat d’arrondissement de Ndamatou. Alors que l’affaire semblait initialement se diriger vers une procédure classique pour coups et blessures réciproques entre deux coépouses, la vigilance des enquêteurs a permis de mettre au jour une tentative de manipulation judiciaire impliquant une professionnelle de santé et un document administratif contesté.
Les faits se sont déroulés au domicile conjugal où résident Y. Ndao, infirmière d’État âgée de 38 ans, et sa coépouse M.O. Dieng. D’après les éléments rapportés par nos confrères de Kawtef, la tension est montée lorsque la première épouse, Y. Ndao, est montée à l’étage occupé par la seconde, prétextant vouloir nettoyer le salon. Face au refus de M.O. Dieng qui l’invitait à quitter les lieux, la situation a dégénéré.
L’infirmière, en service au centre hospitalier national Cheikh Ahmadoul Khadim, aurait alors fait usage d’une lame de bistouri pour agresser sa coépouse. La victime, évacuée d’urgence, présente de profondes lacérations à la joue droite et à l’oreille gauche. Un certificat médical attestant d’une Incapacité Temporaire de Travail (ITT) de 45 jours a été versé au dossier suite à sa plainte.
Une tentative de dissimulation déjouée par la police
L’affaire a pris une tournure judiciaire complexe lorsque la mise en cause a tenté de retourner la situation. Y. Ndao a reconnu les faits tout en plaidant la légitime défense, affirmant avoir désarmé sa coépouse pour riposter. Pour appuyer sa version, elle a fourni un certificat médical attestant d’une ITT de 30 jours, délivré par le Dr A. N., chef du service de chirurgie générale de l’hôpital où elle exerce.
Cependant, les policiers du commissariat de Ndamatou ont relevé une incohérence majeure : l’absence de blessures visibles justifiant une telle incapacité sur l’infirmière. Soupçonnant une automutilation légère ou une falsification, le chef de service de la police a ordonné deux contre-expertises médicales distinctes, réalisées à l’hôpital Matlaboul Fawzeyni et au centre de santé de Ndamatou.
Les résultats de ces examens ont contredit le document initial, évaluant l’ITT réelle entre 7 et 12 jours, bien loin des 30 jours annoncés. Cette diligence policière a permis d’éviter l’arrestation de la victime, qui risquait d’être poursuivie pour coups et blessures volontaires réciproques sur la base du certificat litigieux.
Un chirurgien sous surveillance judiciaire
L’enquête s’est étendue au signataire du certificat médical suspect. Convoqué, le Dr A. N. a tenté de justifier son diagnostic par la nature des fonctions manuelles de l’infirmière, bien que les blessures constatées fussent superficielles. Confronté aux conclusions de ses confrères lors des contre-expertises, il a déclaré s’en remettre à leurs jugements médicaux.
Le chirurgien a été laissé en liberté provisoire et reste à la disposition de la justice, notamment en raison de la continuité du service public hospitalier et des nombreuses interventions chirurgicales programmées sous sa responsabilité. Il s’expose toutefois à des poursuites pour délivrance de certificat de fausse infirmité.
Quant à l’infirmière Y. Ndao, sa garde à vue a été prolongée en vue de son défèrement au parquet de Diourbel, où elle devra répondre des accusations de coups et blessures volontaires avec usage d’arme blanche.


