Réfugiée chez le grand voisin indien depuis sa chute brutale en 2024, l’ancienne dirigeante restait jusqu’ici en retrait sur la scène publique, bien que réclamée par la justice de son pays. Cette réserve relative a été rompue ce week-end en plein cœur de New Delhi, déclenchant une vive réaction diplomatique de la part des autorités intérimaires de Dhaka qui dénoncent un acte inamical.
Le ministère des Affaires étrangères du Bangladesh a officiellement exprimé sa « surprise » et son « choc » face à la liberté d’action accordée à l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina sur le sol indien. Selon nos informations, relayées par Al Jazeera, l’incident diplomatique trouve sa source dans une allocution audio diffusée vendredi dernier au Foreign Correspondents’ Club de New Delhi. Cet événement, qui a permis à l’ex-dirigeante de s’adresser à une large audience, est perçu par Dhaka comme une provocation directe.
Dans un communiqué publié dimanche, la diplomatie bangladaise a qualifié cette prise de parole de « discours de haine » et d’« affront clair au peuple et au gouvernement du Bangladesh ». Les autorités actuelles reprochent à New Delhi d’avoir laissé une personne qu’elles qualifient de « meurtrière de masse » utiliser la capitale indienne comme plateforme politique.
Des accusations graves et un appel à la mobilisation
Lors de cette intervention, écoutée par plus de 100 000 personnes en ligne, Sheikh Hasina, aujourd’hui âgée de 78 ans, s’en est violemment prise à Muhammad Yunus, le chef du gouvernement intérimaire, le qualifiant de « fasciste meurtrier ». Elle a par ailleurs affirmé que le pays ne connaîtrait « jamais d’élections libres et équitables » sous sa direction.
Pour le ministère bangladais, ces propos dépassent la simple critique politique. Le communiqué officiel accuse l’ex-Première ministre d’avoir « ouvertement appelé au renversement » du gouvernement intérimaire et incité ses partisans ainsi que le grand public à mener des « actes de terreur » pour perturber le processus électoral. Le Bangladesh doit en effet tenir ses premières élections générales depuis le départ de Hasina le 12 février prochain.
Un contexte judiciaire et politique tendu
Il convient de rappeler que le règne de 15 ans de Sheikh Hasina s’est achevé en août 2024 à la suite d’un soulèvement étudiant. Cette période a été marquée par de nombreuses allégations de violations des droits humains. En novembre dernier, un tribunal de Dhaka l’a condamnée à mort par contumace pour incitation et inaction face aux atrocités commises lors de la répression du soulèvement, qui avait causé la mort de plus de 1 400 personnes.
Son parti, la Ligue Awami, a vu son enregistrement suspendu par la Commission électorale en mai et est banni du prochain scrutin. La compétition électorale se jouera principalement entre le Parti nationaliste du Bangladesh et une coalition menée par la Jamaat-e-Islami.
Face à cette situation, Dhaka a averti que la tribune offerte à Hasina constituait un « précédent dangereux » susceptible de « nuire gravement aux relations bilatérales ». L’Inde, qui héberge l’ex-dirigeante depuis son exil, n’a pour l’heure pas donné suite aux demandes d’extradition formulées par le Bangladesh.


