Attendue le 7 février prochain à Sydney, la visite du chef de l’État israélien devait initialement marquer un moment de recueillement et de soutien diplomatique. Invité par le Premier ministre Anthony Albanese, Isaac Herzog se trouve pourtant confronté, avant même son départ, à une offensive juridique majeure menée par une coalition d’organisations de défense des droits humains.
Trois groupes juridiques australiens et palestiniens ont officiellement saisi la Police Fédérale Australienne (AFP). L’objectif de cette démarche, relayée par Al Jazeera, n’est pas simplement de protester contre la venue du président, mais d’enclencher une enquête criminelle formelle à son encontre pour son rôle présumé dans le conflit à Gaza.
**Une saisine pour incitation au génocide**
Le Centre australien pour la justice internationale (ACIJ), Al-Haq et le Centre Al Mezan pour les droits de l’homme ont transmis un dossier de dix pages aux autorités policières. Ces organisations demandent l’ouverture d’une instruction pour « incitation au génocide » et « apologie du génocide ». Elles s’appuient sur les obligations de l’Australie en vertu du droit international et de sa propre législation nationale pour exiger que la police fédérale agisse.
Les plaignants pointent spécifiquement des déclarations d’Isaac Herzog, notamment celle où il affirmait qu’il n’y avait « pas de civils non impliqués à Gaza ». Shawan Jabarin, directeur général d’Al-Haq, a souligné dans le dossier que ces propos émanaient d’un chef d’État alors que les opérations militaires israéliennes ont causé la mort de milliers d’enfants. « Même la clinique de FIV a été bombardée, détruisant 4 000 embryons humains et l’espoir d’une vie future », a-t-il ajouté pour appuyer la gravité des allégations.
**La compétence universelle invoquée**
Pour les requérants, l’Australie dispose des leviers juridiques nécessaires pour intervenir. Rawan Arraf, directrice exécutive de l’ACIJ, a déclaré que permettre à Isaac Herzog d’entrer sur le territoire sans enquête de l’AFP constituerait un « mépris flagrant » des obligations légales du gouvernement australien. Selon ces organisations, là où les conclusions internationales indiquent une incitation au génocide, les juridictions nationales compétentes ont le devoir de prendre le relais en l’absence de responsabilité interne.
**Un contexte local sous tension**
Cette visite intervient dans un climat déjà complexe. Le Premier ministre Anthony Albanese avait justifié cette invitation par la volonté d’honorer les victimes d’une fusillade antisémite survenue à Bondi Beach et de soutenir la communauté juive locale. Cependant, cette initiative ne fait pas l’unanimité, y compris au sein de la communauté qu’elle entend soutenir.
Le Conseil juif d’Australie a exprimé de vives réserves. Ohad Kozminsky, membre exécutif du Conseil, a estimé que la venue d’Isaac Herzog ne ferait qu’« enflammer les tensions et exacerber les divisions », qualifiant l’invité de chef d’un État accusé de commettre un génocide. Une pétition signée par 60 000 personnes circule également, appelant les dirigeants australiens à ne pas instrumentaliser la douleur des communautés à des fins politiques.


