Le ministère de la Justice a tenu, ce mardi, un point de presse pour informer l’opinion publique de faits qualifiés de « particulièrement graves » survenus en milieu carcéral et impliquant Farba Ngom, actuellement sous mandat de dépôt. La ministre de la Justice a affirmé que ces révélations sont le résultat d’investigations approfondies menées depuis plusieurs semaines. « Il est de mon devoir d’informer l’opinion publique lorsque des faits susceptibles de porter atteinte à l’intégrité de la justice et à l’ordre public sont constatés en milieu carcéral », a déclaré la ministre.
Des téléphones introduits frauduleusement en détention
La ministre a indiqué que, lors d’une fouille effectuée le 28 décembre 2025 dans le pavillon spécial de la prison, le détenu a été trouvé en possession de deux téléphones portables, détenus « frauduleusement et en violation manifeste de la loi n°87-15 et du règlement intérieur des établissements pénitentiaires ».
Ces appareils auraient servi à des communications régulières et structurées, tant au niveau national qu’international. « Les téléphones ont été utilisés pour des échanges avec le Maroc, le Mali, l’Autriche, le Bangladesh et les États-Unis », a précisé la ministre, ajoutant qu’ils ont également permis la coordination d’opérations financières et le suivi de chantiers en construction.
Journalistes, avocats et responsables politiques identifiés
D’après les éléments présentés, les investigations ont permis d’identifier de nombreux échanges impliquant des acteurs du champ politique, judiciaire et médiatique. La ministre a notamment énuméré : 65 interactions avec un acteur politique en liberté provisoire et plus de 400 appels et messages avec un autre responsable ; des échanges avec 16 avocats, dont trois anciens ministres, totalisant 259 minutes de communication avec l’un d’eux ; 275 interactions avec une journaliste patronne de presse, 60 échanges avec un journaliste de la presse en ligne, et 158 échanges avec un directeur de publication d’un groupe de presse reconnu.
Documents confidentiels et contenus illicites
La ministre de la Justice a également révélé que ces téléphones auraient servi à la réception et à la diffusion de procédures judiciaires confidentielles concernant un co-détenu. Plus troublant encore, « des contenus à caractère pornographique ont été reçus et partagés », y compris dans des échanges impliquant l’un des avocats du détenu.
Réagissant aux informations faisant état d’un état de santé incompatible avec la détention, la ministre a été catégorique : « Les éléments objectifs relèvent une activité soutenue et constante », a-t-elle affirmé, estimant que ces faits contredisent les allégations de maladie relayées dans certains médias.
Ouverture d’enquêtes et fermeté de l’État
Au vu de la gravité des faits, la ministre a annoncé l’ouverture d’enquêtes approfondies pour des qualifications pénales multiples. Concernant les avocats cités, le Bâtonnier de l’Ordre sera officiellement saisi.
« L’État du Sénégal réaffirme sa tolérance zéro face à la criminalité organisée et aux violations des règles carcérales », a-t-elle conclu. Pour rappel, Farba Ngom est poursuivi dans deux procédures distinctes pour association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux et escroquerie sur des deniers publics, portant sur des montants estimés à 31,8 milliards et 91,6 milliards de francs CFA.
Lien source

